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Lundi février 6th 2012

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Kindle ou la fin du papier

Tout le monde connait Kindle, non? Alors pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit de l’e-book (livre électronique) le plus vendu aux États-Unis, rien que ça ! :lol: Il est bien devant  le E.Reader de Sony qui était jusque là la référence en livres électroniques .

Et cette beauté, cet avenir, ce magnifique etc… :lol: arrive en France et dans une centaine d’autres pays pour Noël (ils sont pas cons hein?). Les prévisions de vente de livres électroniques dans le pays ont été révisées de 2 à 3 millions d’unités en 2009. Les ventes pourraient carrément doubler en 2010, pour flirter avec les 10 millions. Bien que les achats de livres en format numérique ne représentent pour l’instant qu’un petit pour cent du secteur de l’édition, Jeff Bezos, le patron d’Amazon, est très enthousiaste. Son gadget peut embarquer jusqu’à 1 500 livres et journaux à télécharger sans fil grâce au réseau téléphonique 3G, en moins d’une minute directement sur le site source Amazon qui propose près de 300 000 titres et de nombreux journaux.Amazon est plutôt gourmant. Sur la dizaine de dollars que coûte un livre en téléchargement aux Etats-Unis, l’entreprise de Seattle en prend 7, et compte bien exporter cette formule en Europe, au corps défendant des éditeurs.

Après les éloges, le coup de poignard: le clavier est QWERTY (si il y avait que ça, ça irait encore mais…) à part «Monde» et «Echos» toute la librairie est en anglaiset il en couterait 270 dollars par livre si vous n’êtes pas aux U.S. Et on finit par une interview de Monique Dagnaud, sociologue et directrice de recherche au CNRS (interview réalisée par Libération)

Le Kindle est-il une chance pour la presse ou une menace ?

Ça va énormément dépendre des rapports économiques entre les groupes qui fabriquent les livres électroniques et les groupes de presse. Mais tout ce qui permet une meilleure circulation est plutôt favorable à l’écrit, donc à la presse. Ce n’est pas une menace en soi. Le rapport du ministère de la Culture sur les pratiques culturelles montre que le cœur de cible de la presse, c’est-à-dire les cadres, les diplômés, les professions intellectuelles, est totalement dans l’utilisation du Net, que ce soit pour travailler ou s’informer. 30% de cette fameuse catégorie supérieure lit régulièrement la presse quotidienne, autant ou presque qu’en 1997. Elle a un tropisme pour l’écrit, mais elle est aussi la première utilisatrice du Net : 80% de cette population a déjà téléchargé de l’écrit.

Les rapports économiques sont très défavorables à la presse : pour les abonnements à des journaux sur Kindle, Amazon reverse 30% à l’éditeur et garde 70%…

A-t-on vraiment besoin d’un tel outil pour lire la presse, alors qu’on peut la lire très facilement sur un écran d’ordinateur ? Je pense que le Kindle est plus destiné au livre, qu’on peut difficilement lire sur un ordinateur. Ce qui menace la presse écrite, c’est plus Internet. En même temps, on voit aujourd’hui des sites d’information se mettre au papier pour survivre.

Vous pointez une avidité pour l’information sur le Net alors que la presse papier est en crise…

Il y a une diminution de l’habitus. Il y a vingt ou trente ans, c’était un rituel des intellectuels que d’acheter un journal. Ce rituel s’est affaibli en raison du Net. Et on est devenu saturé d’informations avant même d’avoir eu le temps de descendre acheter son quotidien.

Est-ce qu’à plus ou moins long terme, les quotidiens imprimés sont amenés à disparaître ?

Il y a quand même une partie de la population qui aime avoir le cadre de référence que représente un quotidien généraliste, avec l’ensemble des informations et une hiérarchie. Il y a encore ce besoin, et il y aura toujours besoin d’une information de haut niveau qui coûte cher à produire. Mais les pratiques culturelles évoluent tellement avec le Net. Internet transforme le rapport à l’écrit : nous nous y livrons à ce qu’on appelle «des explorations curieuses». C’est la sérendipité : nous trouvons quelque chose que nous ne cherchions pas au départ, avec un résultat jouissif. Quand vous ouvrez un journal papier, vous savez à quoi vous attendre ; sur Internet, il y a l’exploration curieuse, c’est très important, notamment chez les jeunes. Ça modifie les plaisirs culturels. C’est un peu le plaisir du zapping, mais surmultiplié par Internet.

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